Je vous préviens, cet article est totalement subjectif, il ne relève d’aucune déontologie : je vais parler d’un livre dans lequel je figure, écrit par une femme, Sandrine Goeyvaerts, présidente de l’association Women do wine dont je suis membre. Bref, en totale immersion dans le sujet. Sandrine, sommelière, journaliste, autrice, œuvre depuis quelques années à faire bouger les lignes dans le monde du vin, longtemps si dévolu à la seule gent masculine qu’elle reçoit en 2014 le prix d’Homme de l’année de la RVF. En lançant l’hashtag #womendowine en 2017, elle suscite la naissance d’un mouvement destiné à rendre les femmes du vin  plus visibles dans tous ses métiers, à casser quelques codes, notamment sur les « vins féminins », à inventer un nouveau langage, féminisant les professions, remodelant les usages. La première rencontre des Women do wine à Paris, le 23 juin dernier, a amplifié ce mouvement. Réunir, faire connaissance, échanger « dans la bienveillance et la sororité » tel est le mot d’ordre et l’impulsion que donne Sandrine Goeyvaerts.On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Pour défendre ces points de vue, elle rédige en 2019, l’ouvrage  Vigneronnes, 100 femmes qui font la différence dans les vignes en France de sa plume fine, incisive. Sous le propos teinté de jeux de mots, se cache une entreprise on ne peut plus engagée : montrer cette présence grandissante de vigneronnes, ce qu’elles apportent au monde du vin, la différence qu’elles font entendre, non pour proposer un vin de femme, mais un vin de vigneronne : l’exaltation d’un terroir, l’intérêt pour certains sols, la finesse d’un cépage oublié ou la précision d’une vinification.

D’une galerie de portraits croqués sur le vif émane une vision en panoramique de ces femmes et de leurs cuvées, d’Alsace au Bordelais, du Sud-Ouest à la Moselle et au Jura, jusque dans les plus petites dénominations, comme, dans la Loire, en IGP Côtes de la Charité. Les modes de production s’ouvrent largement à la culture biologique, biodynamique voire en vin nature au fil des pages Valeurs sûres y côtoient étoiles montantes et jeunes pousses. « Les vigneronnes sont multiples et uniques, leurs profils divergent et leurs expériences aussi ». C’est dit. Cette diversité des parcours tord le cou à l’idée qu’il existerait un seul profil, « un vin de femme », ouvre des voies pour toutes celles qui voudraient se lancer … et nous donne sérieusement envie de tout déguster ! 

Sandrine Goeyvaerts évoque en avant-propos quelques cercles de femmes du vin, que Mélanie Pfister en l’Alsace représente dans l’ouvrage. Ce sont ces associations qui, à partir des années 2000, ont lancé une action pour la visibilité de femmes du vin, tout comme une entraide pour se sentir moins isolées. Je pense notamment aux Vinifilles en Languedoc, et à leur action solidaire exemplaire.
La présence de nombreuses vigneronnes languedociennes dans l’ouvrage témoigne du dynamisme de la région, pionnière à bien des égards. Les Héraultaises y figurent en force autour de Marlène Soria, la première de toutes[1].
Parmi ces 100 vigneronnes, beaucoup sont passées par Claret, près de Montpellier, présenter leurs cuvées au salon initié par Laurent Lafont, seul rendez-vous de femmes venues de toute la France en Languedoc. Avec lui, nous pouvons dire que oui, nous sommes aussi de dignes Héritières de Bacchus. 

Figurer dans cet ouvrage procure une vraie fierté. Si la pleine lumière fait cligner des yeux, cet éclairage participe d’une prise de conscience générale, une marche lente mais inexorable. Tout le propos de Sandrine Goeyvaerts, dans ses articles, chez Women do wine ou ailleurs va en ce sens : visibilité, légitimité, fierté du travail accompli.  Ce n’est pas le moindre mérite de cet ouvrage que de montrer la détermination avec laquelle chacune agit. Sauts d’obstacles, franchissement de lignes blanches, tabous et interdits en tous genres, tout est balayé, à l’encontre d’un « déterminisme social encore si prégnant » de l’avis de Pascaline Lepeltier, Meilleure Ouvrière de France ET meilleure sommelière de France en 2018. J’espère que vous aurez le même plaisir à lire Vigneronnes que nous 100, vu de l’intérieur, nous découvrant les unes les autres. Je t’en suis particulièrement reconnaissante, Sandrine, pour moi et pour nous toutes qui travaillons à élaborer un vin juste, juste un vin.
Avec, en filigrane, deux maîtres-mots : la passion, comme dans tout métier et pour tout un chacun, et  la conviction. Pascaline Lepeltier s’en fait l’écho : « J’espère que ce qui vous marquera dans ces pages, au-delà de la question des genres, c’est l’engagement de ces âmes fortes pour la défense du vin vrai, pour la préservation de ces équilibres naturels, pour la possibilité future de continuer à enfanter des bouteilles incarnées ».
L’avenir du vin se conjuguera … au féminin pluriel, soyez-en convaincu.e.s..


Vigneronnes, 100 femmes qui font la différence dans les vignes en France
, par Sandrine Goeyvaerts, Éditions Nourriturfu, Paris, 2019, 167 p.

Un mot sur la Maison d’édition d’Antonin Iomi-Amunategui et Anne Zunino, qui publie  autour de l’alimentation du futur des guides – GlouGLou 2 vient de sortir-, des ouvrages de réflexion à l’avant-garde des questionnements, sur les vins nature par exemple. 

[1]Carole et Corinne Andrieu au Clos Fantine (34), Véronique Attard au Mas Coris (34), Sybil Baldassarre au Domaine la Griane sauvage (34), Frédérque Barriol-Montès au Domaine la Casenove ((66),, Chloé Bartet au Domaine Les Serrals (34), Mylène Bru au Domaine Mylène Bru (34), Christelle Duffours au Mas Troqué (34), Anne Gros au Domaine Anne Gros (34), Karine Mirouze au Domaine Beaureagrd-Mirouze (11), Florence Monferran, aux Clos de Miège (34) Laurence Rousselin au Domaine Rousselin (66), Anne-Laure Sicard au Mas Lasta (34), Marlène Soria, Frédérique Vaquer au Domaine Vaquer (66)

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