Photo: La douleur d’Aminte, Bartolomeo Cavarozzi

Un grand blanc pour un blog, non pour des vacances ou pour une pause rédactionnelle, mais pour une longue séquence d’écriture entremêlée de traitements, vendanges, pressurage et vinifications. La plume et le ciseau, l’encre et le vin, quel curieux assemblage, fortuit et enthousiasmant. Jamais réflexion et action, les deux moteurs des Clos de Miège, ne se seront autant nourri l’une de l’autre … et compliqué la tâche, exigeant toutes deux la même concentration et une énergie tournées vers la création.
A chaque millésime, ses aléas. L’année 2018, marqué du sceau du mildiou, en aura connu les ravages sur l’ensemble des vignobles français, avec une préférence pour quelques cépages, grenache et merlot en tête. Le muscat à petits grains, pourtant moins sensible aux micro-organismes dévastateurs, n’a pas été épargné. Les volumes, en deçà de ceux escomptés au vu d’une très belle sortie de grappe, seront néanmoins supérieurs à ceux d’un millésime 2017 historiquement faible. En culture biologique comme en conventionnel, la vigne a souffert, et les vignerons aussi. Les fenêtres de traitement, raccourcies par la chaleur, les vents, la rapidité de la propagation des micro-organismes, exigeaient une disponibilité de tous les instants.
Epamprage et écimage, éclaircissement des pieds par le centre, sulfatage manuel pied à pied, les efforts ont été payés de retour aux Clos de Miège. La concentration en sucres des raisins, accélérée par l’utilisation d’huiles essentielles fortifiantes, s’est accentuée au fil d’une intense chaleur estivale et d’une quasi absence de pluie. La récolte, belle, fournie, nous a donné un camaïeu de maturations au gré des tris successifs à la grappe [1],appuyés cette année par des équipes de choc

Le passerillage s’opère tout seul sur mes vieilles vignes. Peu à peu, le grain s’assèche, se concentre, finit par se confire au soleil et au vent:

Oublions les rendements. Nous nous focalisons sur la maturité souhaitée des grappes, la surmaturation, le soin apporté au raisin, du seau au pressoir, où il est trié à nouveau, afin de se passer de sulfites. Nouveau millésime, nouveaux fûts, un bordelais et un portugais ayant contenu du moscatel, accueillent les jus. Nous retrouvons, à la dégustation des moûts en fermentation, la puissance aromatique du cépage mené en production naturelle, l’empreinte des parcelles – présence caractéristique du coing au Four, de la rose à Recouly- , les notes coutumières d’agrumes, une persistance dans le verre. Originel et Prima sont bien là, en devenir.

Le dernier coup de sécateur, donné le 30 septembre pour quelques caisses de pur nectar, sonne l’heure des choix d’assemblage en fût de différents pressurages, de la mise de côté des grands passerillés destinés à l’élaboration de Prima Ora. Fin septembre, s’achevait également la première relecture de l’ouvrage. Main dans la main, écriture et conduite des vendanges se sont donné le mot pour mettre un point final simultané à quatre mois de vie (presque) monacale, ponctuée de quelques échappées belles, aux Estivales de Montpellier, au marché bio d’Herrebouc (Gers), aux vernissages d’amis ou soirées vigneronnes.

Pour que coulent encore l’or des petits grains, le vin et l’encre, avec vous.

 

[1] Tri à la grappe : le tri ne s’effectue pas pied par pied vigne. Sur un cep, plusieurs grappes peuvent être ramassées, ou une seule, ou aucune. Au passage suivant, le tri reprend grappe par grappe. Les critères de choix principaux portent sur la qualité des grains, leur nombre, leur densité. Si la grappe n’est pas trop chargée ni trop compacte, les grains bien développés, elle a des chances d’aller jusqu’au passerillage

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