Au cœur du travail des Clos de Miège, résonne un sol vivant, porteur d’un vin vivant et d’un patrimoine pluriséculaire, encépagé en muscat à petits grains. Un sol empli d’espèces, faune et flore intimement liés, interdépendants, s’est réveillé au printemps. Ici jaillissent des orchidées et du thym sauvage, des fleurs multicolores, là, des perdrix et des faisanes. Un lézard vert paresse sur un affleurement rocheux, en bord de route. Des sangliers, à la recherche de vers de terre ou de glands, déposent leur empreinte -et leur engrais !- dans les rangs. Quelques coccinelles s’affairent.

Chaque année apporte son lot de nouveaux hôtes et de surprises, une couvée, un nouvel aplat de plantes aromatiques, de jeunes chênes verts ou un figuier. La vie est là, dans la totalité de ses formes, animaux, végétaux, micro-organismes. La vigne ? « Un jardin aux 1000 senteurs » a écrit la sommelière et caviste Sandra Martinez, qui officie Aux Papilles au Nez, à Alès. « Pourquoi tant d’arômes dans tes vins ? » questionnait-elle avant d’aller ensemble sur la parcelle du Four, à Mireval.
Une partie de réponse en images ? crédit @Sandra et Nathalie Martinez

Outre une vinification avec levures indigènes[1], et mise en futs de chêne, tout se jouera encore ici dans les rangs. La biodiversité offerte, travaillée depuis quelques années, influe sur le raisin et sur la minéralité de mes vins. L’enherbement naturel conservé, qui était exempt de produits toxiques déjà avant mon arrivée, apporte dans le temps humidité et azote nécessaires aux souches. Sa poussée sera contenue après les pluies printanières, afin qu’il n’entre pas en concurrence avec la plante. Mais sa décomposition nourrit le sol, où les ceps puisent leurs racines profondes, l’assouplit, le structure. Cette année, bêchage obligatoire pour tous les pieds ! Les vignes, trop âgées, seraient emportées par l’intercep mécanique.

Le mot, récent, est né dans les années 1980 : la biodiversité s’occupe tant des éco-systèmes que de la spécificité des espèces et de la diversité génétique que nos pratiques mettent à mal et menacent. Le sommet mondial de l’IPBES, une sorte de GIEC du vivant se tient à Paris du 29 avril au 6 mai. Il dressera un constat global de la diversité sur la planète. Celui de Bruno David, Président du Museum national d’histoire naturelle est d’ores et déjà glaçant. 1 million d’espèces risquent de disparaître. Nous n’avons que « quelques années pour changer de trajectoire ».  Qu’attendons-nous? Les jeunes, déjà debout pour le climat à travers le monde, nous y incitent tous.

https://www.francetvinfo.fr/animaux/especes-menacees/video-disparition-d-un-million-d-especes-on-n-a-que-quelques-annees-pour-changer-de-trajectoire_3412517.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20190426-[lesimages/image1]

Ici, sans bruit, une vigne vivante accueille des groupes. Cavistes, sommelières, associations, comme Terres de Treilles ou amateurs de vin s’immergent dans une autre conception de la viticulture, rattachée à l’accompagnement de la nature, sans l’abimer, en harmonie avec toutes ses composantes.Le muscat s’y déguste dans un retour aux sources, terroir constitué, pratiques reconstituées et histoire entremêlées, comme une évidence… Sans intrants à la vigne comme en cave, si ce n’est du soufre contre l’oïdium (notre bête noire) ; quelques sulfites ajoutés à la mise en bouteille de l’Originel. Des plantes, des huiles essentielles, de l’eau de mer en traitements, une attention portée sur l’interaction entre différentes espèces présentes dans le sol en dynamique. Le vin se livre à la dégustation, nu, rien que du raisin.

Retrouvez ses caractéristiques dans les mises en bouteille 2019 de l’Originel et de Prima Ora
http://lesclosdemiege.fr/degustation-de-loriginel/
http://lesclosdemiege.fr/degustation-de-prima-ora/

Quoi de plus naturel que de faire déguster l’Originel, à l’invitation des Oenopotes, lors de la projection de Wine Calling, de Bruno Sauvard, au CinéMistral à Frontignan ? Moment d’échange et regard sur le vin en liberté, épopée filmée comme un documentaire sur quelques vignerons nature des Pyrénées-Orientales. Tout comme, le 8 mars, un vernissage marque de sa pierre, ou plutôt de son empreinte écologique, la Journée internationale des droits de la femme, lorsque  l’artiste Sandrine Ygrié invite d’autres créatrices autour de ses œuvres, sur la terre, les arbres, les racines.
La (viti)culture du vin refleurit au printemps…

De ce vin vivant travaillé sur les terroirs historiques du muscat, près de Montpellier naissent des rencontres, des amitiés. Celle de Laurent Lafont est précieuse, et emplie de surprises. Lors de la 5eEdition du salon des femmes vigneronnes Les Héritières de Bacchus qu’il a initié, j’ai été intronisée Chevalière de l’Ordre universel du Cep, cet ordre œuvrant à une culture multiforme du vin comme je l’aime !

Tout comme mars et avril, mai et juin seront parsemés de petits cailloux sur les chemins du vin, de salons en balades, de patrimoines dénichés en dégustations. Nous attaquerons la prévention des maladies, à la vigne, veillerons sur le raisin pour qu’il donne le meilleur de lui-même, raconterons encore avec le même plaisir la fabuleuse histoire du muscat à petits grains. Encore quelques mois de patience (pour moi) avant la parution de mon livre, réflexion sur un patrimoine, son histoire, ses évolutions, à la rentrée 2019. Le cœur des vignes battra encore pour le muscat à petits grains, aux Clos de Miège, un cœur bio, si bon pour le corps et enthousiasmant pour l’esprit, si protecteur de la terre, matrice de nos patrimoines.

 

[1]Levures contenues dans le raisin ou dans le moût

 

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