Grappillages en Languedoc

Quelques instants de légèreté offerts au Musée Fabre ont fait tutoyer vin et œuvres d’art dans les collections, puis dégustation et architecture dans la cour Joseph Marie Vien. Les amateurs étaient en effet conviés à un parcours à travers des peintures et des cuvées choisies, en compagnie de David Cabot, guide-conférencier du Musée, et de Noëlle Bardou, animatrice oenotouristique.
Ils ont pu observer Grappillages en Languedoc (vers 1905), de Max Leenhardt, jeune cousin de Frédéric Bazille, honoré actuellement. Le tableau, accroché à titre temporaire, rend compte de la culture viticole qui fit la fortune de Montpellier et nourrit l’effort de la révolution industrielle par le vin – aliment. On le sait peu, le père de Frédéric Bazille, Gaston, travailla avec Jules Planchon sur le phylloxéra qui sévit fin XIXe s. Noëlle Bardou retrace que le Languedoc, berceau de la vigne de France, y reste le plus grand vignoble d’un seule tenant.
A la différence de ce vin de masse, les tableaux proposés à la visite, tous flamands, évoquent une consommation d’élite avec des accents moralisateurs.

Les noces de Cana, de Baellieur (XVIIe siècle) rappellent, par la présence de grandes jarres d’eau en pierre, que Jésus la changea en vin.

Per Boch dépeint dans Jeune Hollandaise versant à boire (vers 1650) les effets pernicieux du vin, la vulgarité de l’ivresse de l’homme, mais aussi comment la femme peinte se verse du vin en vraie dégustatrice, tenant le verre par la cive (rondelle terminant le pied). Nous apprenons ainsi que le verre à vin existait déjà, produit et diffusé largement depuis l’Angleterre.

Avec Comme les vieux chantent, les enfants piaillent (vers 1662), Steen renvoie l’image d’une famille bourgeoise, cossue. Scène de genre hollandaise typique de légèreté, joie, et bonne chère, elle contient elle aussi une mise en garde, car même les enfants boivent.

Son «Repos devant l’auberge (vers 1660) nous montre un client fortuné qui boit du vin et non de la bière.
Le verre, conique, est là aussi tenu par la cive, invitation à boire, et peut-être plus … avec la noix aux cerneaux en forme de cœur.

La dégustation avant achat par un négociant est évoquée dans Deux muletiers à l’auberge  de Dujardin ((1658).De cette leçon de peinture, David Cabot conclut, avec Pline l’Ancien, et humour : « L’homme doit au vin d’être le seul animal qui boit sans soif ».

  

L’accès privilégié à la cour Joseph Marie Vien, havre de fraîcheur à l’ombre d’un olivier et d’un cyprès, à l’intérieur des murs du Musée Fabre conduit le groupe à la dégustation évoquée dans les tableaux. « L’art, le vin, ancrent Montpellier dans son terroir viticole » introduit Noëlle Bardou, qui présente trois cuvées sélectionnées: Edmond le démon, Rosé 2015 du Chai d’Emilien à Sussargues, Blanc, 2014 du Clos Sorian à Poussan, et la Cuvée Turenne, Rouge 2013, en vin biologique, de l’Abbaye de Valmagne à Villeveyrac.

  
Le rosé Edmond le démon, vin plaisir, hommage au grand-père d’Emilien Fournel, réunit les cépages emblématiques du sud et du rosé : grenache, cinsault, syrah, aux arômes de pêche de vigne, framboise, pamplemousse. Blanc, 2014 du Clos Sorian, petit domaine de 7 ha, se compose de roussanne, marsanne, venus des Côtes du Rhône, et de  grenache blanc, « fils d’Espagne ». Elevé sur lies fines, ce vin offre des arômes de fleurs blanches (aubépine, tilleul) et agrumes, à la belle persistance aromatique. L’AOP Languedoc Grés de Montpellier, sa bouteille syndicale et ses cépages reconnaissables sont abordés avec la Cuvée de Turenne. A Valmagne, « le vin fait l’association entre  culture, art et religion dans cette cathédrale des vignes », commente Noëlle Bardou. Ce rouge, à base de syrah et de mourvèdre élevés un an en fût, présente des arômes typiques de l’appellation en nez, beaucoup de jambe. « Le vin est un être vivant, il change selon les jours ». Pour ce vin de garde, elle recommande de le goûter à plusieurs étapes de son évolution dans le temps.
Dans la discussion ouverte, Noëlle Bardou met en valeur l’identité d’artisans vignerons, de « petits  qui ont progressé, qui viennent de loin. On ne peut pas juger l’époque du vin aliment, il était là pour accompagner un effort. Il y a eu des évolutions énormes, le Languedoc a su s’adapter ». L’auditoire, attentif et curieux, goûte à toutes ces informations, interroge, participe aux commentaires de dégustation et se sépare, enthousiaste. Devant le succès de la formule, un partenariat régulier est sur le point de voir le jour, pour une animation tous les mois ou tous les deux mois.

Article paru le 15 juillet 2016 dans Mtp-Infos et Thau-Infos

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